Aoû262009
06:32:34
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mes médecins
Sacha Guitry avait écrit, voici bien longtemps maintenant, un ravissant petit livre qu’il avait intitulé « mes médecins ». Actuellement je me trouve presque en mesure de faire de même – le talent de Guitry excepté.Voici huit mois maintenant, je suis parti au Vénézuela emportant dans ma tête, venu de je ne sais où, une douleur fort incommodante.Arrivé au Vénézuela j’ai rendu visite à mon docteur. (J’ai une petite émotion en disant « mon docteur »). Il faut que vous sachiez qu’elle est cubaine, n’a pas plus de 25 ans et est jolie comme il n’est pas permis de l’être. Elle a des yeux ! Elle en a même deux ! Non ! Arrête de me regarder comme ça ! Pense à ma tension ! En plus elle m’appelle Yves et quand elle prononce mon prénom, avec son accent cubain, on a l’impression qu’elle suce une friandise. Et comme elle me tutoie – et que nous nous tutoyons – il se crée une intimité qui me bouleverse et m’empêche de bien me concentrer. S’il te plaît, ne me regarde plus ! Tu te rends compte combien les battements de mon cœur s’accélèrent ? Bon, elle finit par diagnostiquer une sinusite, me prescrit quelques pastilles et des inhalations. Bien sûr, sitôt sorti du sortilège de ses yeux noirs j’oublie les pastilles et les inhalations. Ce qui fait que mon mal de tête persiste et même augmente.Me visite ma grande amie Tibisay. Une des sommités médicales du Vénézuela. Une tête bien pleine et elle aussi ravissante. Dieu que les femmes sont belles dans ce pays ! Et quel plaisir d’y être malade ! Tibisay aussi diagnostique une sinusite à la seule énoncée des symptômes. Mais encore une fois je fais fie des prescriptions. Qu’est-ce que vous voulez, on ne se refait pas.De retour en France, je vais voir François, excellent docteur et ami de longue date qui m’envoie passer une radio. Laquelle ne révèle rien. Alors je rends visite à un spécialiste. Un de ceux qui ont fait de longues et couteuses études. Lui, il exige un scanner. Lequel, pas plus que la radio, ne nous apprend rien. « En tout cas, me dit le spécialiste, ce n’est pas une sinusite, c’est sûrement quelque chose dans la tête. Il faut une IRM. »Et me voilà dans le tube lance torpille. Et l’IRM n’est pas plus bavarde que la radio ou le scanner. Rien, rien et rien. Le spécialiste s’est trompé.Alors on en revient à la sinusite première. Et à ma jolie cubaine, laquelle n’a que le salaire que lui verse l’état puisque la médecine est entièrement gratuite, ne possède pas de voiture mais prend les transports en commun (il faut que je raye les mots transports et commun de mon vocabulaire quand je parle d’elle) n’a pas de villa avec piscine sur la côte d’azur ou dans le Luberon, et considère la médecine comme un sacerdoce.Hier mon autre amie docteur, Tibisay, Vénézuélienne elle et qui n’a rien à envier à sa consœur cubaine, m’a téléphoné car ma santé la préoccupe (elle me téléphone une fois par semaine – beaucoup plus que mes propres enfants). Et mine de rien, avec cette petite voix un peu voilée qui fait son charme, elle m’a dit : « et si tu commençais à faire ce que l’on t’a conseillé de faire quand tu étais parmi nous ? »Je vais y penser.
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