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Nov132009

20:52:13
journal de voyage au Texas

Premier jour

Que nous le voulions ou non, que nous le regrettions ou que nous adhérions complètement, nous avons été, et nous sommes nourris de la culture américaine. Je me faisais cette réflexion en suivant sur le petit écran de télévision fixé au dossier du siège, devant moi, le trajet de l’airbus au dessus du territoire des Etats-Unis. Et j’étais surpris de constater à quel point tous ces noms me parlaient. Beaucoup étaient reliés à l’histoire du jazz, d’autres aux westerns de légende qui ont accompagné mon enfance. Cincinnati, Kansas City, Galveston, Dallas…

L’aéroport de Houston porte hélas le nom de Georges Bush, de sinistre mémoire, l’homme qui a porté la haine les Etats-Unis dans le monde entier à son degré maximum. Il faudra remédier à ça dans l’avenir.

Voilà, ça y est, je pose le pied sur le territoire américain. Petit épisode comique, Irama, mon amie vénézuelienne qui est venue m’accueillir à l’aéroport ne sait plus où elle a garé sa voiture. Le parking  est immense bien sûr. Il nous faut deux bonnes heures de recherches assidues pour localiser le véhicule.

Première impression :

Pour bien comprendre ce que j’ai sous les yeux, il faut imaginer l’une de ces zones industrielles qui défigurent nos villes françaises et de la multiplier par cent, par mille, par dix milles. Houston – ce que j’en ai vu dans un voyage qui a duré trois heures, de l’aéroport à l banlieue où habite Irama, ce n’est qu’une vaste zone industrielle, tout est laid, tout est froid, on sent qu’ici on n’a qu’un seul but ; gagner de l’argent.

Enfin, nous quittons la ville. Nous entrons dans la forêt et maintenant nous sommes dans cette Amérique des comédies hollywoodiennes. Tout est vert, tout est propre,  tout est arrangé avec soin. Des bandes de cerfs et de biches fuient dans la lueur des phares.

En route nous nous sommes arrêtés dans un de ces restaurants qui bordent l’autoroute. La nourriture est exécrable. (par contre – et j’en ai été le premier surpris – celle qui est servi sur la ligne Air France est excellente)

Pour le reste : confort, bien évidemment. Le piano est agréable bien que électrique.


Deuxieme jour

Les américains aiment se regrouper en communautés, pour la plupart religieuse et ils se réunissent régulièrement pour louer le Seigneur. Je suis invité à l’une de ces réunions. L’ambiance est chaleureuse, dans le genre « On est tous frères en Jésus Christ ». Ça me hérisse un peu le poil mais comme j’ai hérité de la France un certain savoir vivre, je n’en laisse rien paraître.

L’église ressemble plus à une salle de spectacle qu’à un lieu de culte tel que nous le concevons en Europe ; grande scène et piano à queue. Nous sommes donc là dans l’attente du prêche. Mon amie me demande si je sais lire la musique. Je lui dis que oui. Ça la soulage. Je ne comprends pas tout de suite pourquoi. Puis la révélation se fait peu à peu. La pianiste attitrée est malade. Donc c’est moi qui la remplace.

J’accompagne donc tous les chants. Mais n’allez pas imaginer une église de Harlem bruissante de négro spirituals. Non ! Ici ça chante presque aussi mal qu’en France. Bon, les partitions sont d’une extrême simplicité et je m’en tire avec les félicitations du jury et des spectateurs présents (les absents n’émettent aucun avis)

Puis vient le prêche. Je ne comprends pas bien la langue mais mon amie me fait la traduction. Pendant une heure un gros type nous parle des flammes de l’enfer qui nous guettent et du paradis qui nous attend si nous nous repentons.

Ça pourrait être comique si ce n’était ce refrain qui resurgit tout le temps : Dieu est avec le peuple des Etats-Unis et il détruira ses ennemis. Ce n’est plus rigolo du tout. C’est tout simplement effrayant.


troisieme jour

American way of life

 

En Europe nos maisons sont construites pour nous donner un sentiment d’éternité, même si ce n’est que relatif, même si les cloisons sont de plus en plus minces et les matériaux de plus en plus légers. Ma maison de Lagnes a bien 400 ans et gageons que dans 400 ans elle sera encore debout. Combien de générations s’y seront succédées ?

Ici le sentiment qui prédomine est la précarité. Le chariot des pionniers est toujours attelé, prêt au départ. On ne s’attache à rien. Les maisons sont des produits jetables. Du préfabriqué vite construit (malgré le luxe apparent et le confort indéniable) et démoli tous les dix ans. Les gros édifices, banques ou sièges de sociétés, sont en béton et ont une espérance de vie un peu plus longue, disons 25 ans. Ainsi, ce peuple sans racines continue à ne pas s’en créer. La seule chose qu’il vénère, qu’il respecte, qu’il adore même, c’est le petit billet vert, le dieu dollar. Ceux qui ne sacrifient pas à l’idole ne sont rien. Ils n’existent pas. Gagner de l’argent est la seule manière d’être reconnu et respecté.

La crise, la fameuse crise, a touché plus que chez nous ce monde là de plein fouet. Les entreprises ferment, le personnel est licencié, aucun secours n’est à attendre (à moins de faire parti d’une église, d’une secte ou d’une communauté). Mais la foi en ce dieu dollar tout puissant ne faiblit pas. Il y a le stress, l’angoisse, la peur, l’incertitude, mais à aucun moment n’est mis en doute l’american way of life. On continue à manger des saloperies et l’on va gaiement vers les maladies de cœur ou d’estomac.