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C’est un beau vieillard, moustachu, au regard pétillant d’intelligence. Un de ces hommes universels qui semblent échappés d’une brillante fin du XIXème siècle. Il parle lentement et clairement car son discours, jamais heurté, coule comme un flot harmonieux, chargé de toute la culture du monde. Lors de notre première rencontre nous avons longuement discuté de Frédéric Mistral et de sa Mireille. Je ne m’attendais pas à trouver l’amoureuse de Frédéric ici, au Vénézuela, en plein début du XXIème siècle. Mais Adelis Leon n’est pas n’importe qui. Certains le considèrent comme le plus grand poète vénézuelien vivant. Il connaît tout évidemment de la France où il a fait une partie de ses études mais également il peut disserter sur la littérature, la peinture, l’architecture, et l’art en général de chaque pays, de chaque civilisation, de chaque époque.
Nous discutons souvent politique (car de tous temps les poètes se sont mêlés de politique). Il a été un révolutionnaire de la première heure, poursuivi dans son temps de jeune étudiant par la police politique aux ordres de la CIA, arrêté, torturé. Puis il a occupé un poste important dans le gouvernement, jusqu’à voici quelques mois. L’atteinte de l’âge lui a fait comprendre qu’il était temps de prendre du repos et de se dédier complètement à sa tâche d’écrivain.
Il a été le professeur d’un certain Hugo Chavez, lequel ne manque jamais de le visiter et de lui demander conseil dans les moments difficiles. Et je ne désespère pas d’assister un jour à l’une de ces rencontres entre le bouillant et passionné président de la cinquième république (du Vénézuela) et l’homme placide qui, la pipe à la bouche, sait écouter comme un sage et exprimer des avis lucides, lourds de vérité et de sentiments.
Et je suis très fier que cet homme-là m’ait accordé son amitié. C’est une vraie amitié, dans laquelle n’entre aucune sorte d’intérêt, basée seule sur le plaisir de se rencontrer régulièrement et d’échanger quelques mots devant une tasse de café.
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