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Qui n’a pas vu les visages réjouis, les yeux étincelants de bonheur, les débordements de joie et d’allégresse, le bouillonnement d’un foule hurlant, trépignant, dansant, serrée, agglutinée sous le balcon du palais présidentiel de Miraflores pour acclamer son président, ne sait pas ce qu’est un peuple en liesse. Peut-être ceux qui ont assisté à la libération de Paris et 1945 peuvent-il comprendre de quoi je parle.
Comme sur les Champs Elysées à l’époque, ici, sur la place Bolivar et dans toutes les rues environnantes, c’est une immense marée rouge qui s’est précipitée à l’annonce du triomphe du référendum de ce 15 de février. La joie est telle que l’on sent les individus au bord des larmes car ils sont au bout de ce que l’être humain peut exprimer de contentement. Les mots manquent. On ne sait plus comment formuler l’immense bonheur qui gonfle les poitrines.
Ce peuple qui jusqu’à présent avait été tenu à l’écart de toute décision politique, méprisé, piétiné, s’est rattrapé depuis dix ans. Il ne se prend aucune décision importante ici sans une consultation populaire et le taux de votants approche chaque fois les 8O %.
Cette foule attend les premiers mots qui vont sortir de la bouche de cet homme providentiel qui leur a tant donné jusqu’à présent.
Mais ne vous attendez pas à un discours très officiel, écrit par un secrétaire quelconque. Non. Nous sommes simplement dans une réunion de famille, d’amis. Dans la foule, à trois mètres du minuscule balcon, le président reconnaît des familiers et leur adresse un petit mot à chacun avant de se lancer dans une grande tirade, sans aucun papier, mais structurée comme un discours de notre Général de Gaule.
Mais d’abord le président entonne l’hymne national, repris tout aussitôt par la foule, un hymne dont chacun connaît tous les couplets (et ils sont nombreux). Un chœur de peut être cinq cent milles personnes. C’est à couper le souffle.
Et au milieu de la foule qui brandit pancartes, drapeaux, bannières, photos, effigies, où les pères portent leurs enfants sur les épaules, où les femmes trépignent, chantent et dansent, on voit se balancer, unique, étonnant, bleu blanc et rouge, un immense drapeau français.
Ce n’est pas moi qui tiens ce drapeau. Moi, je suis devant mon poste de télévision, à 800 kilomètres de la capitale, et je me dis que j’ai manqué là un événement capital. J’aurais pu dire plus tard à mes petits enfants : j’étais là.
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